We will regret you so, Leonard

Encore un grand, que dis-je, un immense artiste, qui nous quitte.

Suzanne takes you down to her place near the river
You can hear the boats go by
You can spend the night beside her (1)

Léonard COHEN, c’est cette voix, ces textes, ces mélodies.

It’s true that all the men you knew were dealers
who said they were through with dealing
Every time you gave them shelter (2)

Fin octobre, l’annonce de la sortie de son dernier disque – You Want It Darker – m’avait rempli de joie. Je l’ai rapidement commandé au format vinyle, bien sûr. Le CD m’aurait été envoyé dans les prochains jours. Mais le vinyle ne sera disponible que plus tard. Qu’à cela ne tienne.

When they poured across the border
I was cautioned to surrender,
this I could not do;
I took my gun and vanished. (3)

L’écoute de (vrais) disques sur la platine conduit à la patience. Celle d’admirer d’abord la couverture. Celle de sortir précieusement le disque de sa pochette. Celle de le placer au centre de la platine et de lancer l’écoute. Celle d’accepter de se lever pour passer à la face B. Celle de le replacer enfin dans sa pochette puis de la ranger à la place qui lui est due. Continuer la lecture de « We will regret you so, Leonard »

Morenika, jeune fille brune

Morenika, c’est d’abord une interprétation particulière. Celle de l’immense Avishai COHEN que voici :

Moi, noire et splendide, fille de Jérusalem, comme les tentes de Qédar, comme les tentures de Salomon. (1, 5)

Ne me dévisagez pas, moi, la noirâtre, moi que le soleil a regardée. Les fils de ma mère se sont fâchés contre moi ; ils m’ont mise gardienne des vignes. Mais ma vigne à moi, je ne l’ai pas gardée. (1, 6)

Ces lignes, tirées du Cantique des Cantiques, daté traditionnellement du XIe siècle avant notre Ère, évoque ainsi une fille « noirâtre, que le soleil a regardée ».

C’est vrai qu’elle était belle ; elle était brune. Ses cheveux, sa peau : sombres. La brunette, la « morena ». C’est peut-être dans l’Aragonais qu’elle et les siens vivaient. Une région dont la langue était composée d’un aragonais mâtiné de castillan. Expliquant la terminaison en « ica » du nom qui fut attribué à la belle « Morena » : Morenica.

L’union de Ferdinand II d’Aragon et d’Isabelle de Castille, en 1469, à Valladolid, provoque l’union des deux principaux royaumes de la péninsule, à la base de la création de l’Espagne moderne. Continuer la lecture de « Morenika, jeune fille brune »

Hommage à cette Equipe Olympique de Réfugiés

Souvenons-nous des mots magnifiques de Thomas Bach, président du CIO, lors de la cérémonie d’ouverture des JO 2016 :

Dans l’esprit de la solidarité olympique et avec le plus grand respect, nous accueillons l’équipe olympique des réfugiés. Chers athlètes réfugiés : vous envoyez un message d’espoir aux millions de réfugiés dans le monde. Vous avez dû fuir vos maisons à cause de la violence, la faim, ou juste parce que vous étiez différents. Avec votre grand talent et votre humanité, vous apportez maintenant une belle contribution à la société. Dans cet univers olympique, nous ne faisons pas que tolérer la diversité. Dans cet univers olympique, nous vous accueillons comme un enrichissement de notre «Unité dans la diversité».

Les Jeux Olympiques 2016 sont à présent terminés. Le temps est venu de rendre avec humilité un hommage particulier à ces femmes et hommes qui ont su – ô combien brillamment – honorer les couleurs olympiques, devenues emblème de leur équipe olympique de réfugiés, symbole d’une triste actualité. Et quel plus bel hommage peut-on imaginer que de mettre en avant tous les résultats de cette équipe si particulière, dont – à quelques exceptions près – nous n’avons que très rarement et brièvement entendu parler.

Voici leurs résultats : Continuer la lecture de « Hommage à cette Equipe Olympique de Réfugiés »

Nous accueillons l’équipe olympique des Réfugiés.

« Nous vivons dans un monde de crises, de méfiance et d’incertitudes. Voici notre réponse olympique : Les dix-mille meilleurs athlètes du monde, en compétition les uns face aux autres, vivent pacifiquement ensemble au Village, partageant leurs repas et leurs émotions. Dans cet univers olympique, il y a une loi universelle pour tous. Dans cet univers olympique, nous sommes tous égaux. Dans cet univers olympique, nous voyons que les valeurs partagées par l’Humanité sont plus puissantes que les forces qui veulent nous diviser. Je vous lance un appel, athlètes olympiques : respectez-vous, respectez vous les uns les autres, respectez les valeurs olympiques qui rendent les Jeux Olympiques uniques pour vous et pour le monde entier ».

« Nous vivons dans un monde où l’égoïsme gagne du terrain, où certaines personnes prétendent être supérieures aux autres. Voici notre réponse olympique : Dans l’esprit de la solidarité olympique et avec le plus grand respect, nous accueillons l’équipe olympique des réfugiés. Chers athlètes réfugiés : vous envoyez un message d’espoir aux millions de réfugiés dans le monde. Vous avez dû fuir vos maisons à cause de la violence, la faim, ou juste parce que vous étiez différents. Avec votre grand talent et votre humanité, vous apportez maintenant une belle contribution à la société. Dans cet univers olympique, nous ne faisons pas que tolérer la diversité. Dans cet univers olympique, nous vous accueillons comme un enrichissement de notre « Unité dans la diversité ».

Thomas Bach, président du CIO

Voici l’incroyable accueil qui a été réservé par les nombreux spectateurs à l’Équipe Olympique de Réfugiés, au moment où ces dix athlètes entraient dans le stade Maracana, précédés par la bannière Olympique :

Mettons à présent un visage sur chaque nom de ces athlètes et faisons connaissance avec ce qui fut leur histoire, souvent incroyable et tellement dramatique… Continuer la lecture de « Nous accueillons l’équipe olympique des Réfugiés. »

Une aventure littéraire particulière

Chers amis,

Tout comme l’année dernière, j’ai conduit cette année un groupe de lecture, dans une autre école cette fois, dont tous les textes étudiés provenaient toujours de grands auteurs de la littérature française ou étrangère. Cette démarche avait déjà été largement abordée par le passé, ici et , par exemple.

Autre école, autre public, donc. Bien sûr, toujours des élèves en difficulté, ils étaient une petite dizaine cette année, et particulièrement en lecture. Nous pointions régulièrement le désintérêt pour ces enfants pour ce domaine en général et des livres en particulier. Nous regrettions aussi l’éloignement de certaines familles, trop nombreuses, avec le travail scolaire.

Cette année, bien plus que la précédente, j’ai pu constater des effets secondaires ô combien profitables autant qu’inespérés.

La passion débordante de ces jeunes élèves de CM1 tout d’abord. Je ne sais par quelle magie ils entraient ainsi spontanément si magnifiquement en résonance avec certains personnages évoqués ou certaines histoires présentées.

La beauté de la langue y fut sans doute pour quelque chose. Je sélectionnais, précisons-le, une petit passage dans chaque ouvrage – entre vingt et trente lignes – qui était un moment emblématique dans le roman mais qui ne représentait pas pour autant une masse de lecture telle que cela pouvait devenir une difficulté supplémentaire pour les élèves. Combien de fois nous étions-nous littéralement extasiés devant la beauté d’une expression rencontrée ou de la tournure d’une phrase relevée. Car nous l’avons croisée, cette beauté des mots. Tous plus magnifiques, plus grands les uns que les autres. Cette langue que l’on ne trouve malheureusement plus – ou à de trop rares exceptions sans doute – dans la littérature dite « de jeunesse ».

Les retours des familles, sans doute, ont eu un effet démultiplicateur que je n’osais espérer, chez ces lecteurs en herbe. Telle maman était ravie que sa fille connaisse l’Île Mystérieuse. Tel papa était vraiment heureux que son fils évoque le Comte de Monte-Cristo, qu’il avait lu plus jeune. Tels grands-parents avaient été tellement émus de savoir que nous avions parlé des Misérables avec leur petite fille. Quelle puissance que ces liens transgénérationnels ! La motivation des élèves grandissait à vue d’oeil, séance après séance. Leur intérêt était de plus en plus palpable. Leur volonté d’apprendre, de connaître, devenait plus forte de jour en jour. Et quand une séance, très exceptionnellement, ne pouvait pas avoir lieu – pour une raison ou une autre – nous frôlions presque la révolution !

Ils furent finalement nombreux à faire la démarche de s’inscrire à la Médiathèque de la ville ou de fréquenter les librairies, pour retrouver « nos » livres – ou en découvrir d’autres. Et quel moment ce fut lorsque, à l’occasion de la dernière séance de l’année, j’avais amené à l’école un livre ancien, un Hetzel de l’époque : L’Île Mystérieuse… Emerveillement garanti ! Ces yeux écarquillés devant ce beau livre, grand, gros, d’un rouge si caractéristique ; cette délicatesse en effleurant de leurs doigts devenus si légers ce papier tellement marqué par le temps, par endroits ; cet étonnement aussi de sentir le parfum particulier de ce livre ancien. Et quel bonheur incroyable ce fut de retrouver dans cet objet d’un autre temps, le passage que nous avions étudié ; avec quelle délectation les élèves se lancèrent spontanément dans une lecture originale si parfaite !

livres

En cette fin d’année je fus ému lorsque ce petit groupe m’annonça que j’étais devenu désormais leur « professeur de littérature ». Et que dire du soin absolu avec lequel les élèves manipulaient leur Cahier de littérature qui contenait chaque texte étudié et que l’on gardera en vue de l’année prochaine. Car nous nous retrouverons avec grand plaisir au CM2 : rendez-vous a d’ores et déjà été pris avec leur future enseignante extrêmement intéressée par ce projet de lecture.

Victor HUGO, Alexandre DUMAS, Jules VERNE, Ernest HEMINGWAY, Marcel PAGNOL et Jonathan SWIFT, je vous remercie. Chers élèves, je vous félicite et vous souhaite de très belles vacances d’été.

Voyages sur les Ondes…

Tout le monde écoute la radio. Mais ne vous êtes-vous jamais demandé comment opère cette magie que l’on appelle « transmission sans fil » capable de véhiculer sons, images et autres données encore ?

Ce virus m’a gagné dans mes très jeunes années, alors que mon regretté père, radio-télégraphiste dans l’Armée de l’Air, faisait souvent de l’écoute sur un récepteur ondes-courtes à lampes (un BC-342, pour les connaisseuses et connaisseurs) que je possède toujours et qui démarre parfaitement, après l’habituel temps de « chauffe » et le ronronnement caractéristique qui l’accompagne. ;o)

bc342

Dans ma jeunesse, j’avais un petit poste radio et, plutôt que de m’attarder sur la bande FM, j’allais explorer les grandes ondes, à la rencontre de stations étrangères, ou les ondes courtes (le simple fait d’entendre d’autres langues me passionnait)…

A vingt ans, je me rapprochais d’un « Radio-Club » non loin de mon domicile (le Radio-Club F6KQV de Strasbourg) et je découvrais l’univers du « radioamateurisme ». Des Radioamateurs chevronnés me permirent de faire mes premiers pas dans ce qui allait devenir une réelle passion par la suite. Une fois par semaine, je m’y rendais et je suivais des cours de règlementation radioamateur, de technique également (électronique, montages, émission, réception, antennes, etc.) et enfin de télégraphie (le fameux code « Morse »).

Le jour de l’examen, en 1986 à la DTRE de Nancy, sur Minitel (eh oui !), il fallait répondre à des séries de questions (pour les licences F1 et F6) puis en plus – si l’on passait la licence F6 : examen de télégraphie.

Chaque radioamateur possède en effet un indicatif personnel et unique dans le monde, composé en France de la lettre F, puis, à l’époque, d’une lettre (A, B, C, D ou E) précisant la classe d’émission. Il existait alors pas moins de cinq licences différentes, FA1/FB1/FC1/FD1 et FE6 (cette dernière catégorie concernant les FD1 avec trois ans ou plus d’exercice).

Je reçus, une fois l’examen passé avec succès, mon certificat officiel délivré par l’administration (PTT Télécommunications – DTRE) daté du 10 mars 1986 et je découvris enfin mon indicatif : FC1LOC ! J’avais 21 ans.

Je n’avais pas passé la télégraphie et obtenais donc la Classe 2 d’émission (le fameux « C ») avec un accès aux bandes de fréquences supérieures aux 30 MHz uniquement (les bandes inférieures, dites « décamétriques », étaient réservées aux radioamateurs de Classe 1).

Je fis donc mes premiers pas sur la bande des « 2 mètres » : sur 144 MHz avec un petit émetteur-récepteur (que je possède toujours) et au sein du Radio-club, lorsque nous montions par exemple sur les points-hauts (au Champ du Feu en l’occurence) à l’occasion de concours (contests) type « Championnats de France » par exemple (il fallait dans un temps délimité – 24 heures, en général – cumuler le maximum de contacts dont la distance délivrait des points, ce qui permettait un classement final). Mais au-delà de cet esprit de compétition, il fallait voir l’ambiance, avec le montage de l’antenne, le démarrage du groupe électrogène, les premiers appels, les rares heures de sommeil, le froid du petit matin, bref : des moment toujours inoubliables.

Puis, après ces premiers instants, les aléas de la vie m’ont éloigné de l’activité radioamateur. Dix ans, vingt ans… Continuer la lecture de « Voyages sur les Ondes… »

Ode au Printemps

Vous souvenez-vous de la précédente équinoxe ? Celle du 23 septembre dernier ? Quelle que soit l’équinoxe, à cette date le jour et à la nuit ont exactement la même durée. Un phénomène possible grâce à l’alignement parfait du soleil avec l’équateur, il change d’hémisphère céleste. En septembre, la nuit va peu à peu gagner sur le jour (jusqu’au solstice d’hiver) alors qu’en mars, le jour va peu à peu gagner sur la nuit (jusqu’au 21 juin, date du solstice d’été).

Mais ici et maintenant, quel meilleur endroit peut-il y avoir au monde – que dis-je ! dans la galaxie ! – pour partir à la rencontre de ce printemps nouveau, que nos collines ? Ah, le Garlaban en pareille saison ! En route ! Par le chemin de la Treille. Continuer la lecture de « Ode au Printemps »

L’Abbaye cistercienne de Valmagne

On se dit que cette guerre, qui pourrait bien durer cent ans, voire plus – étant donnée la quinzaine de belligérants engagés à l’échelle de toute l’Europe – allait connaître une trêve… Seguin avait sa mine des mauvais jours. Il savait que dès la paix retrouvée – fut-elle courte – ses deux-mille hommes et lui n’allaient plus être payés. C’est aux côtés des Godons qu’il avait choisi de s’engager. Drôle de nom, s’était-il dit à l’époque. Ce sont en fait les Anglais. On les appelle ainsi en raison d’un juron « God dam » (Dieu me damne). Les Godons… Il avait vingt-six ans lorsqu’il combattit pour la première fois avec eux. C’était lors de la mémorable bataille de Poitiers, en 1356. Seguin savait que le Languedoc méritait une halte, en cas de trêve : il y en avait des richesses là-bas ! Une prometteuse Abbaye se rappela d’ailleurs à son souvenir… Continuer la lecture de « L’Abbaye cistercienne de Valmagne »

Connaissez-vous NoNo ?…

Oui ! NoNo, comme le Théâtre NoNo !

Quelle découverte, le Théâtre NoNo !

Quel moment incroyable vécu samedi dernier à l’occasion de la soirée de présentation de la saison 2016-2017 !

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Photo : Théâtre NoNo

En associant la scène et des projections sur grand écran, cet inventaire des futurs spectacles laisse présager une saison passionnante autant que colorée. Dans le décalage permanent, mais sans jamais sombrer dans la vulgarité, toujours dans le respect de l’autre, avec cette ambiance surréaliste, festive et joyeuse. Et cette générosité de tous les instants… Continuer la lecture de « Connaissez-vous NoNo ?… »

Grand, fort, marquant, en un mot inoubliable.

Il est un moment qu’à nul autre pareil nous souhaiterions grand, fort, marquant, en un mot inoubliable. Nous voulons parler de cette transition d’une année à l’autre. Ce passage vers un autre ailleurs, une nouvelle destinée. Las des sempiternelles scènes gargantuesques autour d’une table richement garnie de délicats mets et autres délices liquides, de paroles convenues, il nous fallait autre chose. Passer autrement. Aller vers cette nouvelle année en choisissant une autre chemin. Continuer la lecture de « Grand, fort, marquant, en un mot inoubliable. »